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samedi 29 octobre 2016

Pourquoi les Français, de droite, du centre et d’ailleurs s’apprêtent à lui dire non. Une deuxième fois.



Dans une tribune publiée sur sa page Facebook, le leader centriste prend le temps de répondre "à l'obsession" sarkozyste à son égard.


Après les attaques et les insultes, ma réponse à Nicolas Sarkozy

UN AFFRONTEMENT FONDATEUR

On ne peut qu’être frappé par l’obsession Bayrou qui chez Nicolas Sarkozy, alors qu’il est en perdition devant Alain Juppé dans les sondages, a envahi tous les discours et toutes les émissions, et les tribunes signées de ses séides rameutés. 
Des heures de diatribes, culminant à Marseille en ce cri enfin arraché à la foule et rapporté par une journaliste présente : « Bayrou saloperie ! ».

À cette obsession, d’abord, on a peine à croire, on s’interroge sur la stratégie : comment une force qui se croit si considérable se sent-elle menacée à ce point par ce qu’elle prétend mépriser ? N’y aurait-il pas là en réalité un dangereux et révélateur aveu de faiblesse ? Et puis l’on réfléchit, et l’on se dit que si la question a pris une telle importance, c’est qu’elle doit couvrir un affrontement fondateur, une confrontation essentielle qui appelle à trancher d’une ligne politique et de l’avenir d’un pays.

On doit donc entrer dans le fond de cet affrontement, car il est porteur de sens. On doit le faire sérieusement car c’est un affrontement sérieux, et sans ire superflue : en démocratie, il n’est pas besoin de se haïr pour se combattre.

J’appartiens aux trois millions de Français qui n’étaient pas de gauche et qui ont voté contre le renouvellement du mandat de Nicolas Sarkozy. Mon vote a eu un écho, un retentissement que j’assume. En 2007, j’avais voté blanc. Mais l’exercice des cinq années de mandat et la conduite de la campagne de 2012 m’ont convaincu, comme ces millions de compatriotes, qu’une réélection du président sortant ouvrirait la porte à des dérives encore accentuées et que nous ne voulions pas voir. 
Et ce n’est pas parce que le quinquennat suivant a été porteur de tant de faiblesse et de tant d’errances que cela efface les raisons de notre choix.

Nous n’avons rien oublié de la gravité des raisons qui nous ont convaincus à l’époque : les atteintes graves et répétées aux principes de notre vie en commun, les abus de pouvoir et l’orientation de la campagne entièrement conduite pour opposer les Français entre eux. Ces raisons étaient impérieuses. Elles reposaient toutes non pas sur des a priori, mais sur des faits indiscutables et désormais prouvés. Elles faisaient craindre pour l’intégrité de notre pays, pour l’image de nos institutions, pour notre démocratie. Elles étaient fondées : qui sait où nous en serions arrivés si une réélection-surprise avait livré le pays à l’ivresse d’un succès construit sur tant de dérives ?

Ce qu’il y a de fascinant aujourd’hui, c’est que ces traits de caractère, ces pratiques, tous les concurrents de la primaire les dénoncent aujourd’hui, peu ou prou, chacun à leur manière, mais à l’unisson, eux qui ont vu de près l’ambiance et la manière de ces cinq années de pouvoir. Ce qui devrait faire réfléchir y compris les esprits partisans.

Mais l’affrontement ne porte pas sur le passé seulement, ce serait trop simple. En ce qu’il porte sur l’avenir, il est encore plus grave et plus profond. Comment quelqu’un qui a été président de la République et qui aspire à le redevenir peut-il se comporter de la sorte ? Comment peut-il en arriver à cette violence de chaque minute, lâchant des insultes avec un mépris affiché, crachant sur ceux qui ne votent pas pour lui, n’hésitant pas à leur enjoindre sans crainte du ridicule de « se taire », n’hésitant pas en un moment où la sécurité est menacée et la police déstabilisée à qualifier Bernard Cazeneuve de « ce qui nous sert de ministre de l’intérieur » ?

J’essaie de comprendre ce qui sous-tend ce mépris, cette violence, cette perpétuelle exagération de caricature et j’y découvre des différences de conception qu’il convient d’assumer.

C’est de la démocratie d’abord qu’il est question dans cet affrontement. Pour Nicolas Sarkozy, visiblement, la fin justifie toujours les moyens. Pour moi, je crois que les moyens utilisés, quand ils sont bas, contaminent le but qu’on prétend atteindre. Pour lui, le pouvoir est une domination, et la conquête des électeurs se paie par l’hystérie… C’est exactement le contraire de ce que je pense et d’ailleurs aussi le contraire de la ligne qu’il affichait dans les discours qu’on lui faisait lire en 2007 : « je demande à mes amis de me laisser libre, libre d’aller vers les autres, vers celui qui n’a jamais été mon ami, qui n’a jamais appartenu à notre camp, à notre famille politique et qui parfois nous a combattus. Parce que lorsqu’il s’agit de la France, il n’y a plus de camp ! » Voilà ce qu’il piétine !

L’excitation du sectarisme et de l’intolérance, c’est aussi un affrontement sur la conception même du pouvoir présidentiel. Pour moi, un chef d’État est un chef de famille. Les chefs de famille, au masculin comme au féminin, ont souvent à prendre des décisions rudes, sans se laisser détourner de leur devoir, des décisions franches, sans se laisser impressionner par des résistances infondées. 
Mais il est une chose que chef de famille on n’a pas le droit de faire, c’est d’asseoir son pouvoir sur la division de la famille, de la susciter et de l’entretenir, de monter le frère contre le frère, les proches les uns contre les autres. 

La ligne stratégique de Nicolas Sarkozy a constamment été, pour gagner des voix, pour mobiliser des foules d’électeurs autour de lui, de faire flamber la division dans son pays. Au service de ce choix, il a fait feu de tout bois : les partis, la gauche, la droite, la nationalité, l’origine, la religion, le vêtement, la nourriture, l’Islam toujours. 
Faire de la division du pays le principe de l’action présidentielle, c’est manquer à la mission première qui est d’assurer la concorde civile, de rassembler les forces et de les ordonner pour faire face aux tempêtes. L’écriture le dit depuis la nuit des temps : « toute demeure divisée contre elle-même périra ». 
C’est pourquoi, pour moi, un président qui n’est pas un rassembleur n’est pas un président.

Et cela a une traduction simplement politique. Ce qu’affirme Nicolas Sarkozy à longueur de meetings, c’est que le pouvoir qu’il ambitionne, il veut le construire contre, contre le centre indépendant, contre la gauche quelle qu’elle soit, contre ceux qui n’auraient pas voté pour lui à telle ou telle échéance, et que ce pouvoir doit s’exercer, tout le temps qu’il durera, contre ceux qu’il doit réduire et en fait soumettre.
C’est le contraire de ce que je pense. Encore davantage dans les temps que nous vivons. J’affirme qu’une telle conception du pouvoir serait demain vouée à l’échec. Nous vivons une des crises les plus graves et les plus décourageantes que notre pays ait connues depuis longtemps. Six millions de Français l’éprouvent dans le chômage, tout le monde s’interroge sur les régimes sociaux, la menace terroriste est partout présente, l’éducation nationale est déstabilisée. Qui peut prétendre que ce soit par le sectarisme, appuyé sur un parti politique agressif à l’égard de tout ce qui n’est pas strictement aligné sur ses ukases, donc par définition minoritaire, qu’un exécutif, quel qu’il soit, redressera le pays ?

Face à Nicolas Sarkozy j’affirme que cette ligne politique est nuisible à la France, et qu’il convient de choisir la ligne exactement inverse : trancher, oui, avancer, oui, décider oui. Mais prendre au sérieux et respecter même les autres, les grands courants du pays, même ceux avec qui on est en désaccord, même ceux que l’on a combattus ou qu’on combat, rassembler tous ceux qui acceptent de participer à la reconstruction, affirmer leur légitimité, convaincre chaque fois que nécessaire, plutôt que contraindre.

J’affirme même, à l’encontre de Nicolas Sarkozy, et je défendrai cette ligne, que tous ces grands courants du pluralisme français, très à droite, très à gauche ou très au centre, doivent être représentés dans nos institutions, même ceux avec lesquels je suis le plus en désaccord et en affrontement. D’abord parce qu’ils représentent bien plus de citoyens que ceux qui nous gouvernent depuis des décennies, mais surtout parce que c’est leur droit imprescriptible de citoyens de défendre des idées différentes. C’est leur droit de citoyens d’avoir leur mot à dire lorsque les décisions se prennent, même s’ils ont des nuances, ou des divergences. Rien ne justifie que la règle majoritaire empêche la représentation des minorités. La démocratie aide souvent à prendre de meilleures décisions que le pouvoir dérisoirement autoritaire.

Enfin il y a, si possible, encore plus grave à mes yeux : il y a un contresens sur l’idée même de peuple. Nicolas Sarkozy évoque dans cette campagne, jour après jour, un peuple frustré, dont il prétend s’appuyer pour justifier sa violence sur la prétendue réalité de la vie et dont il exprimerait tout haut ce que ce peuple penserait tout bas ; en réalité, il y a dans cette vision un profond mépris du peuple. Il y a une idée péjorative, une condescendance, une mésestime consciente ou inconsciente, pour le peuple considéré comme une troupe qu’il convient de mener par les plus bas des sentiments, ceux du rejet et de l’insulte, du fanatisme et de l’aboiement contre les boucs émissaires.

J’affirme au contraire que ce peuple que Sarkozy n’a jamais approché, au milieu duquel il n’a jamais vécu, avec lequel il n’a jamais passé ni une semaine, ni un jour sans caméras, ni en une ferme, ni en un quartier ouvrier, ni en une famille d’enseignants, ni chez des artisans, le peuple chez nous, qui y sommes nés, qui y avons grandi et travaillé, le peuple n’est pas ce qu’il veut en faire. Le peuple, contrairement à ce qu’il croit, n’est pas une masse qu’il convient de fouetter de passions et de prendre par le bas, par les instincts, par les mots qu’on jette avec un rictus, par l’excitation contre les boucs émissaires que l’on livre l’un après l’autre en pâture. C’est le contraire.
En face de lui, j’affirme ceci qui est l’essentiel, pour un président de la République comme pour un citoyen : le peuple a besoin d’être estimé et d’estimer, le peuple, le vrai et le seul, mérite qu’on lui parle à la hauteur de son histoire et de la dignité de ses enfants.

Et contrairement à ce que croit Nicolas Sarkozy, tout cela est parfaitement compris, parfaitement ressenti. Et je crois qu’il se trompe sur le fond. Je crois que Nicolas Sarkozy, abusé par sa propre angoisse et sa propre fuite en avant, passe à côté de l’essentiel. Je crois que ce qu’il agresse et qu’il stigmatise dans le soutien que j’ai décidé d’apporter à Alain Juppé, c’est précisément ce qu’un grand nombre de Français cherche et attend : des politiques qui soient animés d’esprit civique, qui soient capables de s’unir et de se rassembler quand l’essentiel est en jeu. Et par là-même, ces millions de Français comprennent que cette entente est une promesse : une fois l’élection acquise, ils auront une garantie, le nouveau Président de la République les entendra et on les respectera. Ce n’est pas la brutalité qu’ils veulent, ce n’est pas la violence, c’est la volonté et la compréhension des difficultés et des attentes de chacun.

Les Français ont tout saisi sans avoir besoin d’explications complémentaires. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas assez violent, assez clivant, assez injurieux que Sarkozy décroche, c’est précisément parce que tout le monde voit toute la faiblesse que révèle un tel comportement. Et c’est pour cette raison que les Français, de droite, du centre et d’ailleurs, malgré la logique partisane de la primaire, s’apprêtent à lui dire non. Une deuxième fois.

A retrouver ici.

vendredi 28 octobre 2016

Colonialisme et esclavage, Elie Domota répond à François Fillon


Le syndicaliste guadeloupéen Elie Domota expose dans l’Humanité ce qu’il n’a pas pu dire au candidat à la primaire de la droite sur France 2, jeudi soir, après les déclarations de l’ancien premier ministre évoquant un « partage de culture » à propos de la colonisation


Invité ce jeudi soir à s’exprimer sur France 2 en direct depuis la Guadeloupe pour apporter la contradiction à François Fillon dans l’Emission politique, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs de Guadeloupe (UGTG) Elie Domota n’a pas pu développer son argumentation face au candidat à la primaire de la droite et du centre, la chaîne l'empêchant de s'expliquer jusqu'au bout. Cela est d'autant plus regrettable qu'il accusait l’ancien premier ministre d’avoir tenu des « propos racistes » dans son discours à Sablé-sur-Sarthe (Sarthe), le 28 août. L’Humanité a contacté l’ancien animateur de la grève générale de 2009 en Guadeloupe pour lui proposer d’exposer dans nos colonnes ce qu’il n’a pas pu dire à l’ancien premier ministre.

Vous avez accusé jeudi François Fillon d’avoir tenu des propos racistes quand il a déclaré à Sablé-sur-Sarthe, le 28 août : « La France n'est pas coupable d'avoir voulu faire partager sa culture aux peuples d'Afrique, d'Asie et d'Amérique du Nord », mais les téléspectateurs de France 2 n’ont pas pu entendre la fin de votre réponse. Qu’entendez-vous par là ?

Elie Domota Lors de la préparation de l’émission, France 2 m’avait assuré que je disposerais d’un temps de parole pour développer mes arguments, mais cela n’a pas été le cas. Ce que je voulais dire à François Fillon, c’est que ces propos sont tenus par trop de responsables politiques. Il faut rappeler qu’en 1635, lorsque des mercenaires sont envoyés par Richelieu, ils ont pour mission de coloniser la Guadeloupe et la Martinique. Il s’ensuit une longue décennie d’assassinats, de viols de meurtres et de massacres des Indiens sur l’île. C’est comme cela que le royaume de France est devenu propriétaire de la Guadeloupe, par le sang et par le meurtre. François Fillon appelle cela le « partage de la culture » ; moi, j’appelle cela conquête coloniale, meurtre et vol des terres. La France est alors allée chercher des Africains pour les déporter et les réduire en esclavage durant 400 ans. Toujours en vertu du « partage de la culture » selon M. Fillon, ont ensuite été organisés de véritables « élevages de nègres » pour en finir avec les révoltes d’esclaves, car Il est plus facile de dominer un être humain dès la naissance que de dominer un adulte qui connaît ses origines pour créer un être soumis. Il faut attendre la Révolution française pour que la première abolition de l’esclavage voie le jour en Guadeloupe. Mais en 1802, les troupes de Napoléon rétablissent l’esclavage. J’aurais aussi voulu rappeler à François Fillon que cette guerre a coûté aux forces guadeloupéennes des milliers de victimes avec, cerise sur le gâteau, plus de trois cents décapités en place publique à Pointe-à-Pitre. La France n’a certes pas inventé la décapitation, mais elle l’a commise contre des Guadeloupéens, qui étaient des Français. C’était encore la République à l’époque ! Et en 1848, lors de la deuxième abolition de l’esclavage, la République a déclaré que c’était une atteinte à la dignité humaine, mais elle a indemnisé les propriétaires, et non leurs victimes. La colonisation, c’est la violence pour s’approprier le bien d’autrui, parce qu’on considère qu’autrui est inférieur. Cette conception perdure, camouflée dans une prétendue mission civilisatrice de la France, de Jules Ferry à Nicolas Sarkozy, Manuel Valls ou François Fillon aujourd’hui. Fondamentalement, M. Fillon est un colon. Il a la même philosophie, il se considère comme un être supérieur par rapport aux "sauvages" auxquels on a appris ce qui lui semble bon à ses yeux.

François Fillon vous a répondu que si la colonisation vue selon les « critères d’aujourd’hui » est effectivement condamnable, il refuse la « repentance », estimant que la France n’a inventé ni l’esclavage ni la colonisation, que bien d’autres pays ont aussi pratiqués. N’est-ce pas relativiser le crime qu’a constitué la colonisation ?

Elie Domota Tout à fait, il est même dans une attitude d’apologie de crime contre l’humanité. Imagine-t-on François Fillon déclarer que les troupes allemandes sont venues occuper la France pour partager leur culture germanique ? Jamais cela ne lui viendrait à l’esprit. Mais à l’égard des Noirs en général, le négationnisme est toléré. François Fillon doit cesser de vanter pour autrui ce qu’il ne voudrait pas pour lui-même. On ne demande à personne de pleurer sur notre sort. M. Fillon, tout comme l’ensemble des Français, ne sont ni responsables ni coupables de cette histoire, mais ils en ont hérité, et le gouvernement français, quel que soit son bord politique, doit l’assumer et ne pas se voiler la face en prétendant que, sous prétexte qu’ont été construits des routes, des chemins de fer et des dispensaires, la France a oeuvré au développement du pays. Car la colonisation repose toujours sur le principe que le colonisé est inférieur à vous, que sa culture et sa musique, sa langue ne sont rien, et qu’au final lui-même n’est rien, et qu’il faut donc lui imposer votre langue, votre religion, vos coutumes. C’est une entreprise de déshumanisation, de négation des individus. Tuer des gens et prendre leur bien n’est pas du partage de culture, en 1635 comme en 2016.

A Sablé-sur-Sarthe, François Fillon a également déclaré que l’école ne devrait pas « apprendre aux enfants à comprendre que le passé est source d'interrogations » et à « faire douter de notre histoire ». N’est-ce pas là aussi une volonté de nier, jusque dans les programmes scolaires, ce qu’a été réellement la colonisation ?

Elie Domota On retrouve cette pression sur l’enseignement de l’histoire visant à exonérer la France de ses responsabilités en tant que puissance coloniale et esclavagiste, et même, à la limite, à rendre les victimes responsables de leur situation. Un exemple : en mai 2015, François Hollande est venu inaugurer le mémorial ACTe à Pointe-à-Pitre. Qu’y voit-on ? Que ce sont les Africains qui ont vendu leurs frères, et que les Européens, passant par là, les ont donc achetés comme esclaves. Comme si les bateaux étaient arrivés par hasard ! Deuxième chose, il est dit que c’est grâce à la religion chrétienne que les Noirs sont sortis de l’idolâtrie. Rien sur la bulle du pape Nicolas V qui, en 1454, a encouragé le pillage des terres et les meurtres des païens ! L’apprentissage est aussi une question de domination.

Vous avez demandé à François Fillon qu’il se prononce en faveur de l’annulation des textes qui, à partir de 1848, indemnisent les anciens propriétaires d’esclaves, mais il a refusé, au nom, là aussi, de son désaccord avec la « repentance »…

Elie Domota Cela n’a rien à voir avec la repentance. Nous demandons une remise en état pour que le vivre-ensemble ait un sens. Nous disons à M. Fillon : êtes-vous prêts à annuler ces textes pour oeuvrer à une redistribution des terres pour que nous vivions dans une société plus juste et équitable, et à cette question il répond non. A partir de 1848, le pouvoir des propriétaires blancs a été renforcé, et les anciens esclaves ont été jetés dans la précarité, et aujourd’hui, nous sommes toujours dans la même configuration. Les héritiers des maîtres d’esclaves sont propriétaires des usines, ils siègent dans les conseils d’administration des banques, et les descendants d’esclaves sont pour la plupart ouvriers. Nous demandons que toutes les terres acquises de façon criminelle fassent l’objet d’une redistribution. Comment peut-on venir nous parler, sinon, de liberté, d’égalité et de fraternité ?

Quelles actions envisagez-vous pour obtenir cette « remise en état » ?

Elie Domota Nous avons demandé en mai 2015 au tribunal de nommer un groupe d’experts pour évaluer le préjudice subi par les colonisés, et de mettre à l’étude une réforme agraire pour la redistribution des terres acquises dans le cadre de l’esclavage et de la colonisation. Nous avons accompagné cette requête de deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) pour savoir si les textes qui prévoient l’indemnisation des propriétaires d’esclaves sont conformes à la Constitution française. En droit français comme dans le droit international d’ailleurs, le criminel ne peut pas tirer bénéfice de son crime, il est sanctionné et et la victime est indemnisé. Mais un an et demi plus tard, nous n’avons toujours pas de réponse. Le dossier est encore devant le tribunal de Pointe-à-Pitre, alors qu’il faut en moyenne deux mois à une QPC pour être présentée devant la Cour de cassation…

Sébastien Crepel 
Journaliste

L'article est à retrouver ici.

jeudi 27 octobre 2016

Sauver la Petite Bibliothèque Ronde de Clamart

François BON (écrivain) , Michel DEGUY (poète) , Giuseppe LONGO (mathématicien) , Bernard Stiegler (philosophe) , Peter Szendy (philosophe) et Bernard Noël (écrivain) ont signé hier dans le journal Libération une tribune de protestation contre la fermeture de la Petite Bibliothèque Ronde décidée par le maire de Clamart Jean-Didier Berger




Sauver la Petite Bibliothèque Ronde

Dans la cité de la Plaine, un quartier de Clamart où la chance ne sourit pas tous les jours à ses habitants, il existe et persiste un petit miracle dont l’histoire a commencé il y a cinquante et un ans. Il s’agit de la Petite Bibliothèque Ronde, qui y fut créée à l’initiative d’Anne Schlumberger, et qui depuis n’a cessé d’accomplir sa mission contre vents et marées : donner aux enfants de ce quartier le goût de la lecture.
A présent, sous de mauvais prétextes, la mairie de Clamart veut déplacer cet équipement dont le succès est notoire dans le monde entier : tout se passe comme si la pulsion de destruction s’était emparée des autorités politiques locales. A une époque où bêtise, désespoir et folie semblent empoisonner la vie quotidienne de tout un chacun, provoquant les pires réactions que l’on puisse craindre, un tel geste de découragement et de saccage n’est ni compréhensible ni admissible.
Nous appelons le gouvernement à intervenir en conséquence pour stopper immédiatement une opération qui, à travers un programme de prétendue rénovation, d’une part maltraite un équipement et une équipe admirables et exemplaires, et d’autre part n’a pas respecté les règles en vigueur : le bâtiment qui fut bâti grâce au mécénat d’Anne Schlumberger est aussi un monument historique sur lequel les autorités locales interviennent sans en avoir référé à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac).
Nous demandons en conséquence que la ministre de la Culture prenne ce dossier en charge et rétablisse cet équipement et la population à laquelle il s’adresse dans leurs droits.

La tribune est à retrouver ici.



jeudi 6 octobre 2016

Bon anniversaire Valeurs Actuelles ! - Le Moment Meurice

Hier soir, aux Invalides, c’était la teuf ! Guillaume Meurice s’est rendu à la fête pour les 50 ans de Valeurs Actuelles


Portrait : Yassine Bouzrou, jeune ténor du barreau cash et sans pitié


Le jeune avocat demande l'ouverture d'une information judiciaire pour mise en danger de la vie d'autrui dans le dossier des attentats de Nice. Aussi défenseur de la famille d'Adama Traoré, il fait partie de la génération montante du barreau de Paris. Du bitume de la banlieue nord aux pavés de la capitale, son ascension est fulgurante. Portrait.


Le premier contact peut être déstabilisant. Il s’avance, costume Smalto bien ajusté, bouton fermé, raide comme un I. Le port de tête est altier, le regard fixe et profond, et le sourire, aussi franc que carnassier. L’avocat Yassine Bouzrou salue comme les boxeurs, sa main vient du cœur, mais l’uppercut n’est pas loin. Son associée, Julie Granier, confirme avec ironie : "Ça va bien se passer." Yassine Bouzrou ressemble à ce qu’il dit être : "cash", "loyal", mais sans pitié.

Pour preuves, deux dossiers sensibles qu’il gère en ce moment, et qui ont valu un été chaud aux autorités. La mort d’Adama Traoré, le 19 juillet, lors d’un contrôle de gendarmes, a déclenché quatre nuits d’émeutes à Beaumont-sur-Oise. Le procureur de la République de Pontoise, Yves Jannier, a ouvert une enquête pour rébellion contre le jeune homme de 24 ans alors qu’il était décédé. Le magistrat a aussi évoqué la canicule comme cause possible de cette mort, et affirmé que cette dernière résultait d’une santé précaire. "La calomnie et les mensonges, pour moi, c’est impossible", dit l’avocat. Sa stratégie a été frontale. Il a déposé trois plaintes, demandé le dépaysement du dossier, et le procureur de la République de Pontoise a été muté. L’avocat s’en félicite.

Dans le dossier des attentats de Nice, Yassine Bouzrou représente, entre autres familles de victimes, Samira et Mickaël Coviaux, les parents du petit Yanis, mort à 4 ans et demi, fauché par le camion du terroriste. Le carnage qui a fait 86 morts, dont dix enfants, aurait duré 45 secondes, selon la version officielle. Quatre minutes et 17 secondes, selon l’enquête. "On veut nous cacher des choses ? interroge Yassine Bouzrou. Vérifions-le avec un magistrat indépendant à la tête des investigations." L’avocat, qui a déposé il y a trois semaines une plainte pour mise en danger de la vie d’autrui, vise l’Etat. Il considère que le dispositif de sécurité du 14 juillet à Nice était pour le moins inadapté : "L’absence de réponse aujourd’hui du procureur de la République de Nice est selon moi un très mauvais signe. Les victimes n’ont-elles pas le droit de connaître la vérité sur les failles de ce dossier ?"

"Limite individualiste"

Yassine Bouzrou se la raconterait-il un peu ? Classé après seulement trois ans de barreau au top 30 des avocats français dans le magazine "GQ" en 2010-2011, il fait en effet partie de la génération montante, comme David Koubbi, Jérémie Assous, Nicolas Huc-Morel, Emmanuel Marsigny ou Marie Dosé.

Certes, c’est un "flambeur" qui aime les belles voitures et la lumière, il roule en Maserati depuis qu’il n’a plus sa Porsche. Certes, il aime faire parler de lui, exister dans les médias. "Il a les dents qui rayent le parquet, et il fait beaucoup de bruit pour rien", lâche agacée Elisabeth Auerbacher, qui l’a vainement affronté dans l’affaire du tueur de l’Essonne en 2013. Certes, il a un gros ego, comme tous les pénalistes. "La preuve qu’il ne se moque pas d’être médiocre", répond maître Jean-Yves Le Borgne, qui l’a connu à ses débuts. Mais la vérité, c’est que Yassine Bouzrou fonce, pied au plancher. "J’ai la dalle, pas le temps", ironise-t-il.

C’est ce qui fait sa différence parmi tous ces jeunes loups du droit : Yassine Bouzrou est le seul à avoir monté son propre cabinet, sans jamais avoir été le collaborateur de personne, vivant si jeune de sa seule activité pénale. Il assume ses défauts : c’est un solitaire, "limite individualiste", avoue-t-il, lui qui ne supporte du travail d’équipe que celui qu’il partage avec sa fidèle associée, Julie Granier. "C’est un garçon dont on peut percevoir une image a priori assez brutale, rugueuse dans le combat", confirme Christian Saint-Palais, pénaliste aguerri qui l’a connu stagiaire. Mais en réalité, "il réserve beaucoup d’attentions aux autres".

"Pas facile d'être son client"

Yassine Bouzrou serait donc sensible ? Il fait la grimace, corrige : "Non, intuitif." Pour lui, il n’y a ni peine, ni empathie qui vaillent. Seulement des combats, des causes. Et pour mieux les servir, des règles, auxquelles il ne déroge jamais : n’accepter aucun dossier gratuitement, aucune commission d’office, peu d'aides juridictionnelles, n’entamer "aucun travail sans provision". Ne jamais "fusionner" avec un client. Ne défendre ni amis, ni connaissances. Travailler 70 heures par semaine.

Ses honoraires varient de 300 à 450 euros, l’heure. Avec ses collègues comme avec ses clients, le vouvoiement est de mise. Quant aux juges d’instruction, il s’applique à les voir le moins possible : "Seulement lorsqu’on y est obligé, je considère que notre boulot c’est de faire des écritures ; l’enjeu, c’est les qualifications retenues, et les plaidoiries devant le tribunal".


Yassine Bouzrou assume, il est "froid dans la défense". Sévère, aussi. "Ça ne doit pas être facile d’être son client. Il ne fait pas dans la calinothérapie. Et impose même une distance thérapeutique dans la relation" qui fait de lui un "bon stratège", un "excellent plaideur" et le rend "atypique parmi les avocats", raconte Isabelle Lang-Petitmengin, ancienne présidente de la chambre des comparutions immédiates à Nanterre :

"Il étudie le dossier en profondeur, et a une manière de nous y embarquer qui rompt la routine des comparutions immédiates, où les avocats déroulent en général toujours le même plan. Maître Bouzrou m’a tirée de mon ordinaire… Il a un supplément d’âme. Et comme tous ces grands pénalistes, une force, une revanche à prendre sur la vie."

Son obsession de remettre de l’ordre, "son intolérance certaine pour tout usage dévoyé de l’autorité", comme le note Christian Saint-Palais, lui viennent de loin. "Il a une existence différente des avocats qu’on dit bien nés, poursuit le pénaliste. Pour lui, rien était acquis."

La défense pour revanche

Yassine Bouzrou est né à Bezons le 30 mars 1979, troisième garçon parmi les cinq que compte la famille. Ses parents sont arrivés du Maroc quelques années plus tôt. Son père est chauffeur-livreur à Rungis ; sa mère, garde-malade. Les enfants Bouzrou grandissent dans la cité Gaultier à Courbevoie. A l’école, Yassine est "mauvais élève", "turbulent", "meneur", collectionneur d’avertissements de conduite. A 13 ans, une bagarre collective éclate dans le collège, un enfant est blessé. Il découvre l’hostilité. "La conseillère principale d’éducation avait une dent contre moi, elle m’a désigné comme le leader." Conseil de discipline : "Ma mère est là." Impuissante, elle assiste à la scène. Yassine Bouzrou fait face à l’institution, seul. Et comprend là que la défense sera sa revanche.

En quatrième, le petit Bouzrou se retrouve donc exclu, à la rue, avec interdiction de poursuivre sa scolarité dans un établissement de la ville. "C’était injuste, et j’ai eu de la peine de voir des adultes capables d’une telle mauvaise foi. Moi, je savais que je n’avais rien fait." Direction "le pire collège de Puteaux", avec son "étiquette de caïd à propos d’une affaire dont tout le monde avait entendu parler". Il intègre là ce que d’autres apprennent plus tard : "Comme on peut cataloguer les gens, à tort."

Ses parents n’ont pas d’argent pour lui payer la cantine, il fait le trajet tous les midis jusqu'à chez lui, à Courbevoie. Et s’oublie devant "l’inspecteur Derrick". Absentéisme, insolence, on le menace d’un second conseil de discipline. Il a l’été pour trouver un nouveau collège. Comme personne n’en veut, ses parents, aidés par le département, lui trouvent un internat privé hors contrat dans le 93. L’institution Vaysse est réputée pour son cadre sévère, son aptitude à redresser les pires cas. Yassine Bouzrou se retrouve "au milieu de gamins violents", il a "l’impression d’être incarcéré", il ne veut pas subir, il se bat pour survivre. En troisième, il frappe un surveillant. Viré encore.

Schopenhauer et rap français

On le rejette, il s’entête. Veut aller au lycée, faire des études. Devenir avocat. "Je n’ai jamais rien su faire avec mes mains, pas même changer une ampoule." Il continue le foot à l’ACBB de Boulogne, monte, pratique la boxe anglaise, adore jouer aux échecs. A 15 ans, il lit "l’Art d’avoir toujours raison" d’Arthur Schopenhauer. Ecoute en boucle "l'Etat assassine" du groupe (de rap) Assassins, sort en boîtes ; goûte aux filles, identifie rapidement l’établissement qui recèle les plus jolies d’entre elles dans le département : lycée Saint-James, à Neuilly. C'est le seul de son secteur qui enseigne l’italien. Il choisit cette option. Il est nul en langue, mais prêt à tout.

Evidemment, l’école rechigne à l’intégrer, un bras de fer s’engage avec le rectorat. Yassine Bouzrou attend, sagement. Procédurier, "j’avais fouillé tous les textes, je savais que j’allais gagner". Il fait sa rentrée avec deux mois de retard. Et là, il découvre "un autre monde", un paradis de blondes aux yeux bleus, un parc classé historique pour se balader entre deux cours, des "soirées dans des 130 mètres carrés, loin des MJC". Du jamais vu. Quand il arrive "au lycée avec un petit mal de gorge le matin", on s’occupe de lui "pendant deux heures à l’infirmerie". Une prof de français, "madame Lecarpentier, bienveillante et brillante" se bat pour lui, croit en lui. Juste ça, Yassine Bouzrou pense alors ce que Booba rappera : "Je vais devenir ce que j’aurais dû être."

On lui refuse les filières littéraires. Il échoue dans un lycée du 15eme arrondissement de la capitale avant de se retrouver "en STT" à Bois-Colombes. "Je me souviens d’un cours où on nous apprenait à répondre au téléphone. Je me sentais insulté, tellement je trouvais ça idiot. Au bac d’histoire, question sur les Etats-Unis : quel est le gros succès de l’année au cinéma ? Star wars. Là, "je finis vraiment par me demander si je suis bête…"

La conseillère d’orientation lui recommande de ne pas aller à la fac. Yassine Bouzrou est pris en Administration économique et sociale à Paris II-Assas. Il enchaîne les bonnes notes en droit constitutionnel. Epluche les textes une fois encore, et sur le fondement de la circulaire Jospin pour lutter contre l’échec, demande à changer de voie. Il trouve la sienne, intègre le droit au deuxième semestre. Découvre le pénal, une matière "où il est question de police, de gardes à vue, d’un réel qui me parle". Il se bat contre "des fachos" qui distribuent des tracts refusant "l’entrée des moutons noirs dans la fac". Manque d’en venir au main avec un prof de travaux dirigés, choisit de suivre ses cours par correspondance. Et se lance dans l’immobilier pour gagner sa vie, se construit déjà un réseau : "Je voulais monter mon propre cabinet, je prenais contact avec des associations de droits de l’homme, etc."

Sept relaxes d'affilée

En 2005, alors qu’il se prépare au concours du barreau, où il rencontre sa future associée, Julie Granier, il décroche "au culot" un stage chez l’avocat Jean-Yves Liénard. "Je fais trente procès d’assises avec lui, pendant un an. J’apprends énormément." Ça ne  suffit pas. Yassine Bouzrou veut voir la délinquance en col blanc. Il s’incruste à un rendez-vous d’un ami avec l’avocat Jean-Yves Le Borgne. Avec ce dernier et Christian Saint-Palais, envers lesquels il se dit "reconnaissant à vie", Bouzrou suit entre autres les trois mois de procès de "l’Erika" et l’affaire Tibéri.

"J’ai gardé le souvenir d’un garçon fonceur, passionné, travailleur, capable de dompter sa passion pour qu’elle ne l’emporte jamais sur son intelligence", assure maître Le Borgne. Pour son associé, Christian Saint-Palais, Yassine Bouzrou avait quand même un "profil qui pouvait inquiéter. C’est quelqu’un de rétif à l’autorité qui aurait pu casser la gueule à un patron. Mais j’avoue avoir été surpris, il a ce qu’il faut de prudence pour se poser dans la réflexion, c’est un stratège qui voit à long terme, et qui sera toujours indépendant".

Yassine Bouzrou crée son cabinet le 25 octobre 2007, jour de sa prestation de serment, ce que personne n’a jamais fait avant lui. Il s’installe sur les Champs-Elysées, dans un tout petit bureau, mais au cœur de la capitale. Pendant six mois, à Nanterre, il enchaîne comparutions immédiates et affaires de stupéfiants. Il porte des costumes, vouvoie ses clients, quand d’autres "ont le tutoiement trop facile". Il bosse chaque dossier "comme s’il jouait sa vie", raconte Isabelle Lang-Petitmengin, ancienne magistrate à Nanterre.

Ça paie : sur ses dix premières audiences de comparutions immédiates, il enregistre sept relaxes d’affilée. Son nom court derrière les barreaux des prisons. En 2008, Franco L., accusé d’être l’un des lieutenants de Youssouf Fofana dans l’affaire Ilan Halimi, le saisit. Il obtiendra son acquittement sur cinq des six chefs d’inculpation. Viennent les affaires de bavures, Abou Bakari Tandia mort suite à une garde à vue à Courbevoie, Abdoulaye Fofana molesté par des policiers à Montfermeil… Yassine Bouzrou défend "des parties civiles dont le parquet se désolidarise toujours". Et se fait un nom dans les banlieues. Le rappeur Seth Gueko le cite dans "la chatte à Mireille" : "L’important c’est qu’t’appelles Bouzrou quand je suis au trou." L.I.M aussi :

"J’me fais serrer tant pis, j’prends Bouzrou, avec lui t’as jamais de numéro d’écrou."

Il se fait aussi une réputation, côté police : "On le connaît, on se dit attention quand on le voit arriver. C'est un redoutable procédurier, il décortique tout, cherche les failles, explique un gradé de la brigade criminelle du 36 quai des Orfèvres. Avec cet avocat, le moindre impair se paie cash."

J'ai un peu culpabilisé

De la fille adoptive de Jacques Chirac, Anh Dao Traxel ou d'un col rouge dans l’affaire des commissionnaires de Drouot, aux familles de victimes du crash Rio-Paris, en passant par l’affaire Zahia, l’assassinat du leader des tigres Tamouls ou la passation du marché des rames du RER A, les clients viennent à lui. Parmi eux, il y a eu Michel Courtois, peintre en bâtiment, victime collatérale du dossier du tueur de l’Essonne. C’était en 2013. Il s’en souviendra toujours :

"J’ai regardé le dossier. Au bout d’une demi-heure, j’ai compris qu’il était innocent, il avait un alibi, et ses aveux lui avaient été extorqués. Je sais depuis qu’un magistrat peut maintenir un innocent en prison en connaissance de cause. Et ça, c’est très inquiétant pour la justice."

Michel Courtois, poursuivi pour un quadruple meurtre, menaçait de se suicider. Yassine Bouzrou l’a pris pour lui : "Je n’aurais pas supporté si j’avais échoué. J’aurais rendu ma robe." En deux mois, il a obtient sa libération, malgré les aveux.

Yassine Bouzrou gagne désormais "très bien" sa vie. De son minuscule office loué sur les Champs-Elysées, il a déménagé pour un cabinet acheté avec son associée Julie Granier, boulevard Saint-Michel. Son bureau a triplé de volume, quarante mètres carrés avec cheminée d’époque, parquet qui craque sous chaque pas, et moulures au plafond. Du bitume de la banlieue nord aux pavés de la capitale, l’ascension a été fulgurante. Mais Bouzrou tient sa ligne, accroché à une justice qui mérite son nom. Il dit être toujours de gauche, même s’il n’aime pas "ceux qui la représentent". "Ces valeurs m’ont permis de devenir ce que je suis, poursuit-il. Ma famille modeste a bénéficié de toutes les aides sociales, j’ai fait des études grâce aux bourses. Je ne me plaindrai jamais de payer des impôts, des charges".

Aujourd’hui en couple et propriétaire d’un appartement à Paris, Yassine Bouzrou élève sa petite fille au pied du jardin du Luxembourg : "J’ai un peu culpabilisé de changer de classe sociale." Mais à quelques pas de chez lui, il y a la rue Monsieur-Le-Prince, où Malik Oussekine, frappé à mort par deux policiers, est tombé en 1986. C’est sur son chemin, chaque jour.

Elsa Vigoureux Journaliste
Nouvel Obs
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mercredi 5 octobre 2016

Prix Nobel de Chimie 2016



Le prix Nobel de chimie 2016 a été attribué à Jean-Pierre Sauvage, James Fraser Stoddart et Bernard Lucas Feringa pour leurs travaux sur les machines moléculaires.



Jean-Pierre Sauvage, 71 ans, Français
Professeur à l’Université de Strasbourg (France)

Il est le premier à avoir décrit les nanomachines présentes dans les cellules vivantes. Il les présente comme un assemblage moléculaire capable de se mettre en mouvement de manière contrôlée en réponse à divers signaux : lumière, changement de température, etc.
À la base de sa découverte, il a lié deux molécules en forme d’anneau pour former une chaîne, appelée « catenane ».



James Fraser Stoddart, 74 ans, Écossais
Professeur à l’Université de Northwestern (États-Unis)

Il a créé un « rotaxane » lors d’une expérience :
il a enfilé une bague moléculaire sur un axe moléculaire fin et a démontré que la bague a été en mesure de se déplacer le long de l’axe.
Cette découverte lui a permis de créer un ascenseur et un muscle moléculaires.
Il a accueilli quelques années Jean-Pierre Sauvage dans son laboratoire.



Bernard Lucas Feringa, 65 ans, Néerlandais
Professeur à l’Université de Groningue (Pays-Bas)

En se basant sur le travail des deux chercheurs, il a développé le premier “moteur moléculaire” ce qui lui a permis de créer une nanovoiture avec quatre roues motrices.



Selon le jury, ces machines miniatures seront très probablement utilisées dans le développement d’objets comme les nouveaux matériaux, les capteurs et les systèmes de stockage d’énergie.

La création d’ordinateurs moléculaires qui permettraient de stocker et traiter l’information au niveau moléculaire, ou des robots microscopiques, capables de remplir une grande variété de fonctions dans la médecine ou la vie quotidienne, comptent parmi les applications potentielles de ces machines.

dimanche 2 octobre 2016

Les députés durcissent l'inéligibilité des personnes condamnées pour corruption



Les députés ont voté mercredi soir un amendement en nouvelle lecture au projet de loi Sapin II pour interdire à une personne condamnée d'être candidate à une élection si son casier judiciaire (bulletin B2) comporte la mention d'une condamnation "pour manquement au devoir de probité"

Les condamnations pour "manquement à la probité" sont notamment les infractions de corruption et trafic d'influence, les infractions de recel ou de blanchiment et les infractions fiscales, selon l'auteure de l'amendement, la députée PS Fanny Dombre-Coste, de la troisième circonscription de l'Hérault.

Les députés avaient déjà voté en première lecture un amendement du rapporteur Sébastien Denaja (PS) qui prévoit que les personnes exerçant une fonction publique, condamnées pour corruption, feraient l'objet d'une peine complémentaire d'inéligibilité. Celui-ci s'est en revanche opposé à ce nouvel amendement, estimant que sa rédaction n'était pas assez solide juridiquement et qu'il risquait notamment de ne concerner que les élus locaux.

samedi 1 octobre 2016

Etat de droit, laïcité, ... : merci à l'opposition pour ce rappel

Un grand merci à l'opposition municipale qui nous donne à travers la tribune qu'elle a publiée sur le Petit Robinson du mois d'octobre (voir ci-dessous), une belle leçon sur l'Etat de droit.

Nous rappelons à Philippe Pemezec qui invoque dans sa tribune la responsabilité, la liberté, la solidarité; autant de valeurs qu'il piétine si l'on en juge la plainte qui vient d'être déposée contre lui, que nous lui avons mis à disposition une petite vidéo (ici) qui va lui permettre de comprendre ce que dit l'Etat de droit en matière de laïcité.

Nous n'attendons pas de M. Pemezec qu'il nous remercie. A le rappeler ainsi à ses responsabilités de représentant de l'Etat nous ne faisons que notre devoir de citoyen qui faisons nôtres ne lui en déplaise, les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.