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lundi 9 avril 2018

Ruffin fait le ménage à l'Assemblée !

Profitant de journée internationale du droit des femmes, le député François Ruffin a prononcé un discours pour réclamer l’égalité salariale. Il a pris pour exemple les femmes de ménage de l’Assemblée nationale.




Ce matin, on a tapoté à la porte de ma chambre-bureau, au 101 rue de l’Université. J’étais encore au lit, je n’ai pas réagi. La porte s’est ouverte, j’ai grogné un “Je suis là”,  et la porte s’est refermée avec un “Oh, pardon !” 
Comme j’étais réveillé, je suis descendu au petit déjeuner.
Quand je suis remonté, les tapis de douche ne traînaient plus dans la salle de bain, la cuvette des toilettes était récurée, les serviettes changées, les poubelles vidées.
 
Le même miracle se reproduit tous les jours.
Ce n’est pas l’œuvre d’une fée, non, mais de femmes.
 
J’ai échangé avec elles, rapidement, dans les couloirs.
Elles arrivent à 6 h, elles repartent à 10 h.
Assez tôt pour ne pas déranger le travail des députés.
Du lundi au vendredi, ça leur fait une vingtaine d’heures par semaine.
A raison de 9 € de l’heure, leur paie s’élève à 600 € et quelques par mois.
Bénéficient-elles de tickets-restau ? Non.
Sont-elles un treizième mois ? Non.
Des primes de panier ? De salissure ? Non.
Seulement 50 % de réduction sur le pass Navigo.
Et tant mieux, parce qu’elles ont une petite heure de transport à l’aller, et autant au retour.
Ce pupitre ciré, ici, c’est elles.
Les cuivres lustrés, c’est encore elles.
Les marbres luisants, c’est toujours elles.
Elles sont partout et pourtant, elles sont absentes.
C’est le propre de la propreté : elle ne laisse pas de traces.
Leur travail est invisible.
D’autant qu’on s’applique à les rendre, elles aussi, invisibles. Elles viennent ici tôt le matin, je l’ai dit, en horaires décalés. Pour nous éviter de les croiser.
Et peut-être pour nous épargner la honte.
 
Car comment n’aurions-nous pas honte ?
Honte de ce fossé ?
Sous le même toit, dans la même maison, elles sont payées dix fois moins, avec toutes des temps partiels contraints, toutes sous le salaire minimum, toutes sous le seuil de pauvreté.
 
Notre Parlement, plein de raisonnements et de bons sentiments, s’accommode de cette injustice de proximité.
Je mentionne ça, parce que c’est sous nos pieds, sous notre nez. Je le mentionne, également, parce que c’est à l’image de la France.
 
Toutes les entreprises, toutes les institutions, les universités, les régions, les lycées maintenant, les collèges, les hôpitaux, les gares “externalisent” leur entretien. ça fait moderne, “externalisé”.
Ça fait des économies, surtout.
 
Ça signifie que, silencieusement, au fil des décennies, à travers le pays, des milliers de femmes, à vrai dire des centaines de milliers de femmes, ont été poussées vers la précarité, vers des horaires coupés, vers des paies au rabais. 
Je le mentionne, enfin, parce que ça vaut pour le ménage, mais au-delà aussi. 
Ça marche pareil pour les AVS, auxiliaires de vie sociale et auxiliaires de vie scolaire, pour les assistantes maternelles, pour les emplois à domicile en tous genres. Pour toutes celles, des femmes le plus souvent, pour toutes celles qui s’occupent de nos enfants, des personnes âgées ou handicapées. 
Quand ce travail n’est pas tout simplement gratuit, compté pour zéro dans un PIB aveugle. 
J’entends volontiers parler, dans cet hémicycle et ailleurs, d’une “société de service”, et chaque fois ça nous est vanté avec gourmandise, comme une promesse de bonheur.
Forcément, nous sommes du côté des servis.
Servis ici, à l’Assemblée, et aux petits oignons.
Servis dans les hôtels.
Servis dans les supérettes.
Servis jusque chez nous par des nounous.
 
Méfions-nous.
Méfions que cette société de service ne soit pas une société de servitude, avec le retour des serfs et des servantes, des bonniches, mais sous un nouveau visage, sous un autre nom, plus moderne, plus acceptable,
et qui nous laisse à nous, la conscience en paix.
 
Avec, en prime, en plus de la chemise repassée, de la moquette aspirée, des Chèques Emploi Service défiscalisés. 
Notre confort est assis sur cette main d’œuvre bon marché.
Alors, depuis cette semaine, l’ambition présidentielle est partout martelée : à travail égal, salaire égal.
Fort bien.
Mais ça ne suffit pas.
Vous devez, nous devons, revaloriser les métiers largement occupés par des femmes.
Leur bâtir de réels statuts.
Leur garantir des revenus.
D’autant qu’ils sont, bien souvent, les plus utiles.
 
Virez les publicitaires.
Virez les traders.
Virez les nuisibles.
Mais payez comme il faut les aide soignantes, les infirmières, les auxiliaires de puériculture.
 
Avant de légiférer pour le pays, qu’on me permette de démarrer plus petit. Par ici.
Par la poutre que nous avons dans notre oeil.
 
Puisque se mène, nous dit-on, une grande réforme de notre Assemblée, qu’on ne les néglige pas, ces femmes de ménage.
Qu’on les intègre au personnel.
Qu’elles bénéficient de temps complets, et de primes, et de treizième mois.
Qu’elles ne touchent pas, sans doute, nos salaires de parlementaires. Oublions l’égalité, mais qu’elles gagnent un revenu décent, digne d’elles et digne de nous.
Qu’elles passent au-dessus du Smic et du seuil de pauvreté.
 
Monsieur le Ministre, madame la rapporteur, mes chers collègues, j’espère vraiment que, pour une fois, mon vœu sera exaucé. Je compte sur vous. 
Ou alors, je vois une autre option.
Dans Tenue de soirée, Jean Pierre-Marielle demande
“Vous savez à quoi on reconnaît un riche ?
C’est quelqu’un qui ne nettoie pas ses toilettes lui-même.”
Une alternative, alors, c’est que les députés et leurs équipes nettoient leurs toilettes eux-mêmes.
Et qu’avec une telle mesure, cette tâche ne soit plus attachée à un genre.
Que l’on compte parmi nous des hommes de ménage et des hommes pipi.

samedi 3 février 2018

Le mouvement BDS pour les droits des Palestiniens nominé pour le Prix Nobel de la Paix 2018










Bjørnar Moxnes, membre du parlement norvégien


OSLO, Norvège, 2 février 2018

En tant que membre du Parlement de Norvège, j’use fièrement de mon autorité d’élu officiel pour nominer le mouvement de Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) pour les droits des Palestiniens au Prix Nobel de la Paix.

Nominer le mouvement BDS à cette reconnaissance est parfaitement en accord avec les principes que moi-même et mon parti avons très à cœur. Comme le mouvement BDS, nous sommes pleinement engagés à faire cesser une politique raciste et de droite qui se développe beaucoup trop dans notre monde, et à garantir la liberté et l’égalité pour tous.

Inspiré par le mouvement anti-apartheid sud-africain et par le mouvement pour les droits civiques américain, le mouvement de base dirigé par les Palestiniens est un mouvement de défense des droits humains, pacifique, mondial qui exhorte au recours au boycott économique et culturel pour mettre fin à la violation par Israël des droits humains des Palestiniens et du droit international.

Le mouvement BDS cherche à mettre fin à un demi-siècle de régime militaire israélien sur 4,5 millions de Palestiniens, incluant les dix ans du siège dévastateur  qui exerce une punition collective et étouffe près de 2 millions de Palestiniens à Gaza, l’expulsion de Palestiniens de leurs maisons et le vol de terres palestiniennes via la construction de colonies illégales en Cisjordanie occupée.

Ce mouvement tend vers des droits égaux pour les citoyens palestiniens d’Israël, actuellement discriminés par des dizaines de lois racistes, et vers la garantie du droit internationalement reconnu des réfugiés au retour dans leurs maisons et sur leurs terres dont ils ont été expulsés.

Les réfugiés palestiniens constituent près de 50% de tous les Palestiniens et leur  droit au retour leur est refusé, simplement à cause de leur appartenance ethnique, alors que le droit le garantit à tous les réfugiés.

Les buts et aspirations du mouvement BDS pour les droits humains fondamentaux sont irréprochables. Ils devraient être soutenus sans réserve par tous les gens et États tenants de la démocratie.

La communauté internationale a une longue histoire de soutien à des actions pacifiques telles  que le boycott et le désinvestissement contre des entreprises qui tirent profit des violations des droits humains. Le soutien international à de telles actions a été crucial dans la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud et contre le régime colonial raciste de l’ex Rhodésie.

Si la communauté internationale s’engage à soutenir BDS pour mettre fin à l’occupation du territoire palestinien et à l’oppression du peuple palestinien, un espoir nouveau verra le jour pour une paix juste pour les Palestiniens, les Israélienset tous les habitants du Moyen Orient.

Le mouvement BDS a été endossé par des personnalités en vue, dont les anciens lauréats du Prix Nobel de la Paix, Desmond Tutu et Mairead Maguire. Il reçoit le soutien de syndicats, d’associations universitaires, d’églises et de mouvements de base pour les droits des réfugiés, des immigrants, des travailleurs, des femmes, des peuples indigènes et de la communauté LGBTQI. Il est de plus en plus adopté par des groupes juifs progressistes et des mouvements antiracistes dans le monde entier.

Après que 11 ans se soient écoulés depuis le lancement de BDS, il est grand temps pour nous de nous engager à ne pas causer de préjudices et pour tous les États à cesser leur complicité avec l’occupation militaire israélienne, avec l’apartheid raciste, le vol permanent de la terre palestinienne et d’autres violations flagrantes des droits humains.

Décerner le Prix Nobel de la Paix au mouvement BDS serait un signe puissant montrant que la communauté internationale est engagée à soutenir une paix juste au Moyen Orient et à utiliser des moyens pacifiques pour mettre fin au régime militaire et, plus largement, aux violations du droit international.

J’ai l’espoir que cette nomination puisse être un pas modeste mais nécessaire pour produire un avenir plus digne et plus beau pour tous les peuples de la région.